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Le tour des Annapurnas : chapitre I

J'ai hâte de me remettre à marcher. Pas besoin de prendre de décisions, mettre un pied devant l'autre suffit pour avancer. Le seul but est d'arriver à un point précis le soir, et chaque jour, ça recommence.

Passer le col de Thorung La, à 5 400 m d’altitude. Cela me fait bien rêver. Et pas seulement parce que ça sonne comme un endroit mythique de la Terre du Milieu, mais aussi car marcher à une altitude aussi élevée – on parle quand même de presque 800 mètres de plus que notre cher Mont Blanc – est une expérience assez unique. De plus sans grimper un sommet. Pas besoin d’être un alpiniste aguerri donc – juste d’avoir une très bonne condition physique et de s’acclimater à l’altitude. 
Je parlais dans cet article de ce qui m’a amenée à me lancer sur le tour des Annapurnas, ici je partage avec vous quelques tips pour préparer au mieux cette randonnée, ainsi que mon carnet de voyage, qui j’espère vous donnera envie de tenter l’aventure.

Fiche randonnée et conseils de préparation

Le tour des Annapurnas, pour qui ?
– ceux qui sont en recherche de spiritualité et d’un challenge sportif
– les personnes en bonne condition physique, ou du moins qui se sentent capables de marcher tous les jours pendant 2 semaines
– ceux qui n’ont pas peur de manger des lentilles et du riz TOUS les jours (passion dal bhat 💛)
– les amoureux des grands sommets qui ne sont pas (encore) alpinistes.
– ceux qui n’aiment pas l’idée de marcher plusieurs jours jusqu’à un base camp et faire demi-tour ensuite, ou les « loop addicts » comme j’aime nous nommer.

Il y a deux manières d’envisager ce circuit autour des Annapurnas, et chacune amène à vivre une toute autre expérience. La première consiste à engager un guide (sherpa), et un ou plusieurs porteurs pour les sacs. Il faut savoir que les métiers de porteurs et de guides permettent à des familles entières de se nourrir, le tourisme est un gagne-pain très important dans ces villages. La plupart des groupes qui entament le circuit prennent des porteurs, enfin d’après ce que j’ai pu voir sur le chemin en novembre 2017. J’ai choisi la 2ème option : se lancer seul sur le circuit. L’option guide n’est pas vraiment utile pour se repérer, aucune chance de se perdre, et le trail n’est pas difficile techniquement. Cela dit, on peut apprécier un guide sur ce sentier pour ce qu’il peut apporter de plus à l’expérience: conseils, anecdotes, connaissance des villages, spiritualité, aide en cas de mal des montagnes… Quand au porteur, c’est un choix de confort, personnellement j’avais un peu de mal à ce que quelqu’un d’autre porte mes affaires, même si c’est leur métier.

Fiche randonnée :
🔸 Distance: 211 km
🔸 Altitude min : 820 m (Besisahar)
🔸Altitude max : 5 416 m (Thorung Pass)
🔸 Type : Point-to-Point
🔸 Durée moyenne : entre 10 et 15 jours
🔸 Trailheads : Besisahar, Naya Pul
🔸 Dormir : guesthouses dans les villages tout au long du trail, pas besoin de réserver
🔸 Guide : pas obligatoire

Accès au trek 

La ville de Pokhara est la base de tout randonneur dans le secteur, que ce soit pour le tour des Annapurnas, le trek vers le camp de base de l’Annapurna ou le Manaslu par exemple.
Pour les bons plans sur la ville de Pokhara, voir l’article
Pour accéder à Pokhara depuis Kathmandu, vous pouvez soit prendre le bus (environ 11h de trajet), soit l’avion (aéroport à Pokhara ou Jomson). Les aéroports du Népal étant réputés très dangereux, beaucoup de voyageurs ont tendance à prendre le bus pour effectuer ce trajet. Pour la sécurité en bus on repassera : j’ai eu l’immense plaisir de découvrir un bus accidenté dans un fossé, un bus qui effectuait le même trajet que le mien, juste deux heures avant.

Ensuite, il y a deux points de départs possibles. Besisahar, pour effectuer la boucle d’Est en Ouest, ou Naya Pul pour le sens inverse.
Pokhara → Besisahar : 5h de bus
Pokhara → Naya Pul : 2h de bus
J’ai choisi de commencer à Besisahar, en prenant le bus de 7h du matin.

Quels frais d’entrée ?
Il faudra vous munir de l’ACAP permis, 15€ (droit d’entrée dans la Annapurna Conservation Area), et de la carte TIMS, 15€ aussi (obligatoire pour tout randonneur au Népal). Vous pouvez vous les procurer à l’ACAP office, à Pokhara. Vous aurez besoin de 2 photos d’identité.
Attention, si vous sortez de la zone du trek, il faudra refaire un ACAP permis (ou essayer de passer en douce, bon courage).
Les normes pouvant changer, rendez-vous ici au moment de préparer votre trek.

Le matériel

Le tour des Annapurna est un trek qui se parcourt de villages en villages, on dort dans des guesthouses chaque soir. Il n’est donc pas nécessaire d’emporter le nécessaire de camping avec soi. 

Les 4 indispensables dans lesquels il sera intéressant d’investir :

Les chaussures de randonnée

Quand on se lance sur 15 jours de marche, on choisit des chaussures au top. Et qu’on a testées avant si possible. vous ne voulez pas vous retrouver avec des ampoules. Je suis partie sur des Merrel, jamais été déçue, jamais rencontré aucune douleur ni même gêne après 10 heures de marche. Mieux que des pantoufles ! Ensuite, il y a plusieurs écoles. Je privilégie la chaussures souple, et mi-montante. Je n’aime pas les chaussures de randonnée de montagne hautes et rigides, je les trouve en général inconfortables. Et quand on a besoin d’escalader un peu, la chaussure souple et légère est plus adaptée.

Le sac-à-dos

Ici aussi, on privilégie le confort, pour tenir sur la longueur. Et on ne le charge pas trop, seul le strict nécessaire. Quand on marche 5 à 9h par jour, en haute altitude, le moindre kilo fait une grande différence. Mon Macpac, qui m’accompagne depuis la Chine, est sans aucun doute le sac le plus confortable que j’ai eu l’occasion d’essayer.

Le sac de couchage

Les guesthouses ne sont pas isolées contre le froid, il n’y a bien sûr pas de poêle dans les chambre pour rester au chaud. Alors on investit dans un bon sac de couchage. Après, il est vrai que certaines personnes craignent moins le froid. J’ai rencontré un argentin sur le trek qui n’avait pas du tout de sac de couchage, il utilisait la vieille couverture décrépite fournie par la guesthouse. Chacun son truc. Moi qui suis gelée la nuit en hiver en Provence dans une maison chauffée, le sac de couchage est un must-have. J’ai choisi le Valandré, en plumes de canard. Petit cadeau de Noël en avance. 

Des vêtements techniques contre le froid

On oublie la petite doudoune Uniqlo pour les hivers parisiens. Oui oui, je parle de moi. J’ai acheté une fausse doudoune North Face pendant le trek, dans le village de Chame. Il faut savoir que les fausses sont fabriquées dans les mêmes usines que les vraies, on est sur les mêmes matériaux. Seules les finitions sont différentes (et moins bonnes évidemment).

Sinon, on adopte la technique de l’oignon, car les différences de températures sont extrêmes. En bas, dans les rizières, de Besisahar à Ngadi, on peut avoir du 30 degrés. 

Mis à part ces indispensables, et les vêtements, voici ce que j’ai trouvé utile d’emporter :

  • une gourde et des pastilles micropur pour traiter l’eau. Cela évite d’acheter des bouteilles en plastique, l’eau du robinet n’étant pas potable. Une gourde filtrante ça marche aussi.
  • une lampe frontale
  • un couteau
  • une couverture de survie et un kit 1er secours
  • un savon Dr Broomer multi-usages
  • du paracétamol et du diamox pour le mal des montagnes
  • du baume du tigre pour les douleurs musculaires – trouvé chez le Vieux Campeur
  • des lunettes de soleil et de la crème solaire
  • Une carte des Annapurna achetée à Pokhara, et une boussole
  • Ma liseuse – une idée cadeaux de génie de mes amis qui m’a permis de lire 8 livres pendant un mois de voyage au Népal. Moi qui étais rageusement fidèle au format papier, j’ai changé d’avis pendant ce voyage!

Sinon, pour les snacks type Snickers et barre de céréales, c’est mieux de faire le plein à Pokhara car c’est moins cher que sur le trek. 

Carte et itinéraire

Carte du circuit des Annapurnas

Map from http://www.himvisiontreks.com/images/annapurna_map.jpg

Ci dessous, un récap des étapes, un mix entre ce que j’ai fait et ce que j’avais prévu. J’avais prévu de finir le tour à Jomson, où j’aurais pris un bus pour rejoindre Pokhara, me permettant ainsi d’éviter la portion qui suit la nouvelle route et la partie la plus touristique entre Tatopani et NayaPul. Je me suis finalement arrêtée à Ledtar, et n’ai pas passé le col. J’avais préparé ce petit tableau afin de m’assurer de ne pas faire trop de dénivelé en une journée, surtout à partir de 2 500m. Si c’était à refaire, j’aurais un stop à Yak Kharka, à 200m d’altitude plus basse que Ledtar, ce qui m’aurait peut-être permis d’éviter le mal des montagnes.

DayStartAltitude startEndAltitude EndAltitude gainDistance
1Besisahar820Ngadi8907013
2Ngadi890Jagat130041012
3Jagat1300Bagarchap216086017
4Bagarchap2160Chame217055012
5Chame2710Pisang331060014,5
6Pisang3310Manang354023019,5
7Manang3540Manang354000
8Manang3540Ledtar422068010
9Ledtar4220HighCamp48306107
10HighCamp4830Muktinath3760-107013
11Muktinath3760Jomson2720-104021

Carnet de voyage

J’ai eu le bonheur de retrouver le carnet que j’avais emporté avec moi durant ce voyage, et j’avais couché sur papier mes impressions chaque jour de la première partie du trek.

Jour 1, Besisahar Ngadi
Mercredi 1er novembre, Pokhara
C’est l’anniversaire de mon Papa aujourd’hui. Et aussi mon premier jour sur le circuit des Annapurna. Mon sac est enfin prêt. Il est temps de quitter la chambre confortable et rassurante de mon auberge à Pokhara pour commencer ce fameux trek pour lequel je me prépare depuis plusieurs semaines. Je le redoute autant qu’il m’inspire. Peut-être parce que c’est la première fois que j’entreprends une randonnée de plusieurs jours, en haute montagne qui plus est. Peut-être parce que je suis complètement toute seule, ou que je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre. Je ne peux plus reculer, j’ai déjà repoussé mon départ d’une journée car mon cerveau m’a fait un caprice pour ne pas partir hier, j’ai fini par céder. Le besoin de se reposer ? Ou de mieux se préparer ? Plus psychologiquement qu’autre chose, j’avais déjà tout ce qu’il faut. Il est temps de décoller, je dois être à 6h à la gare de bus.

Jour 2, Ngadi Jagat
Jeudi 2 novembre, Jagat
Cela fait 2 jours que je marche sur le circuit des Annapurnas. Hier, j’ai rencontré Mathilde dans le bus qui menait au départ du trek. Elle est française aussi, lilloise, et on s’est tout de suite bien entendues. Elle est le genre de personne avec qui on a envie de partager une randonnée. Le chemin nous menant à Ngadi, où nous avons fait étape pour la nuit, était quasiment plat tout le long. Hier soir, nous avons fait la connaissance d’Eric et Bernard, 2 lyonnais, la cinquantaine, le genre grands sportifs. Ils ont l’air bien mieux équipés et entraînés que moi. Pas des débutants ceux-là. Nous avons marché en leur compagnie aujourd’hui. Le passage des rizières de Bahundanda était un moment fort de cette étape. Ce soir, je suis sur la terrasse de la guesthouse dans laquelle nous logeons tous les 4. Je m’imagine ce qu’il aurait été si j’avais commencé le trek un jour plus tôt, comme je l’avais prévu dans mon planning. Je n’aurais pas rencontré Mathilde dans le bus. Peut-être que je l’aurais rencontrée plus loin sur le trek, peut-être je ne l’aurais jamais croisée.

Jour 3 : Jagat → Bagarchap
Vendredi 3 novembre, Bagarchap.
Ce soir je n’ai pas envie d’écrire, mes yeux se ferment. La journée a été longue, 18km en 9h30 de marche. Je voulais m’arrêter plus tôt à Dharopani, mais nous avons finalement continué. Je suis malade, sinon ce ne serait pas drôle. Nous avons pu prendre une douche tiède, c’est une chance il faut en être reconnaissantes. Il fait froid dans la chambre, je vais bientôt sombrer.

Jour 4 : Bagarchhap → Chame
Samedi 4 novembre, Mona Lisa Guesthouse, Chame.
Petite étape aujourd’hui, moins longue qu’hier. Je suis en meilleure forme, optimiste pour la suite. Le fait de trouver (ou plutôt ce sont eux qui m’ont trouvée – choisie ?) des compagnons de randonnée m’a réconfortée. Pas si solitaire que ça la meuf. Marcher seule pendant des heures, pas de problème. Mais lorsqu’il s’agit de partager un petit-déjeuner, un jeu le soir au coin du feu, de râler sur l’architecture improbable d’une douche ou de s’émerveiller sur la qualité des repas, l’échange avec d’autres personnes change complètement l’expérience. Pas juste un inconnu avec qui on passe 5 minutes à discuter, un vrai compagnon de voyage qui est parfois là du début à la fin. C’est ce que j’ai trouvé avec Mathilde. Bernard et Eric, eux aussi, sont des points de repère dans cette aventure. Ces 4 dernières journées me paraissent avoir duré plus longtemps. Peut-être car j’ai l’impression d’avoir plus appris en 4 jours dans les Annapurnas qu’en 4 mois à Paris. Ce qui est le cas avec la plupart des voyages d’aventures.

Jour 5 : Chame → Upper-Pisang
Dimanche 5 novembre, Upper Pisang.
Aujourd’hui, nous avons perdu Eric et Bernard. Ils ont dû partir avant nous, et comme ils ont un rythme plus rapide, nous ne les avons pas vus de la journée. Ils commencent à nous manquer. Upper Pisang est magnifique, mais les conditions sont rudes. Un vent violent nous a accueillies, et j’ai bien cru que nous n’arriverions jamais à la guesthouse tellement la pente avant d’accéder au village est raide. C’est une des plus belles vues que j’ai eu la chance de voir. En direct face à l’Annapurna.
Ma gorge me pique, mon nez coule. J’espère guérir vite pour avoir une chance de passer le col de Thorung La. On est à 3310m d’altitude. J’ai hâte de me remettre à marcher après une bonne nuit de repos. Me vider la tête. Pas besoin de prendre de grandes décisions, mettre un pied devant l’autre suffit pour avancer. Le seul but est d’arriver à un point précis le soir, et chaque jour, ça recommence. On essaie d’oublier la douleur lancinante dans une épaule, les tremblements des jambes, la respiration qui se fait plus courte à chaque pas.

Jour 6 : Upper-Pisang → Manang
Lundi 6 novembre, Tilicho Hotel, Manang.
Cette journée de marche fut la plus difficile depuis notre départ. Le vent nous accueillant à Manang était l’un des plus forts que j’aie connu jusqu’ici, nous avions de la peine à avancer. Nous avons définitivement perdu la trace d’Eric et Bernard, qui ont pris un autre chemin, ils ont une journée d’avance sur nous. La cohabitation avec Mathilde se passe toujours aussi bien, nous avons notre petite routine. Les paysages lunaires vus aujourd’hui m’ont transportée dans un autre monde. L’impression d’être coupée du temps, à des milliers d’années-lumière des tracas de ma vie parisienne. Comment les retrouver après ça ? Nous sommes à Manang, à 3600m d’altitude. J’écris depuis la petite chambre au fond du jardin du Tilicho Hotel, qui contient son lot de touristes occidentaux, français pour la majorité. Riant fort et buvant du whisky – c’est assez évident qu’ils ne portent pas leur sacs. Demain nous ne marcherons pas, nous restons une journée à Manang pour s’acclimater. Je vais sortir pour faire une lessive de fringues dans la cour de l’hôtel, j’ai vu qu’il y avait un seau.

Jour 7 : Manang
Mardi 7 novembre, Tilicho Hotel, Manang.
Nous sommes allées jusqu’au lac Gangapurna, magnifique étendue turquoise au pied de son glacier, sur les hauteurs à l’ouest de Manang. Nous sommes montées jusqu’au point de vue pour dominer la vallée et ainsi mieux s’acclimater à l’altitude. L’air est chaud, le soleil tape. Manang a quelque chose de spécial. Très touristique certes, et pourtant sauvage d’une certaine manière. Le climat est différent ici, il est rude . Très sec, aride même. L’air me semble différent aussi, cela doit être dû à l’altitude élevée. Le moindre effort coûte beaucoup plus ici. Il est étrange de penser qu’un endroit qui attire autant de voyageurs venus s’y poser quelques jours ait un climat si inhospitalier.

Jour 8 : Manang Ledtar
Mercredi 8 novembre, Ledtar
Nous venons d’arriver dans une petite guesthouse à Ledtar, à 4 400m d’altitude. Cette journée de marche n’a pas été très agréable. Pourtant nous étions bien reposées après 2 nuits passées à Manang. J’ai eu des difficultés à respirer pendant toute la journée. J’imagine que ça fait partie du jeu, plus nous gagnons en altitude et plus nous avons du mal dans l’effort physique. On traîne dans la salle commune, près du poêle. Les chambres ne sont pas vraiment isolées contre le froid (quelques planches en bois en guise de murs), et il fait -15° dehors, alors on profite de la chaleur ici. Nous avons rencontré 2 français et 1 argentin, qui n’a même pas de sac de couchage et qui paraît très en forme. Avec eux, j’ai appris un nouveau jeu de cartes, le « Tamul », plutôt sympa mais l’exercice de rapidité est trop intense pour mon cerveau embrouillé.

〰️ Fin du carnet 〰️

Dans la soirée du 8ème jour, à Ledtar, je ressens les premiers symptômes du mal aigü des montagnes. Les difficultés à respirer quand nous marchions ne m’avaient pas alertée car nous étions dans l’effort. Cette fois-ci je suis essoufflée, dans la dining room de la guesthouse, ma soupe de légumes devant moi. Et je n’ai pas faim. Ce qui chez moi n’est pas bon signe du tout. J’en parle à Mathilde, et avant d’aller me coucher je prends un diamox. Cela ne suffira pas. Toute la nuit, je peine à respirer, tout mon corps me fait souffrir et j’ai de fortes hallucinations, ponctuées par des moments de lucidité ou je me dis qu’il faut absolument redescendre. Je délire complètement, je vois et entends des gens dans la pièce. Le lendemain matin, complètement vidée d’énergie après cette nuit qui m’a parut durer des jours entiers, et toujours sans appétit, je me décide à redescendre à une altitude plus basse, à Manang, avant de retenter l’ascension le lendemain. Mathilde choisit de m’accompagner. Tandis que je descends, je  sens que je peux mieux respirer. Après une nuit passée à Manang, je ne vais toujours pas bien. Incapable de manger, et je suis toujours essoufflée, même au réveil. Cela me parait ridicule. Moi qui n’ai jamais vraiment expérimenté d’asthme, ou même de bronches encombrées par une quelconque maladie hivernale, je commence a ressentir de l’empathie pour tous mes camarades d’école qui se trimballent toujours avec de la ventoline sur eux. 

Je décide donc de finir mon tour des Annapurna mais en sens inverse, c’est à dire en partant de l’Ouest. Cela consiste en une boucle de 5 jours depuis Pokhara. Je dis au revoir à Mathilde et me lance à la recherche d’un trajet en jeep d’une journée entière qui me ramènera à Besisahar. Le lendemain, je passe une journée complète de repos à Pokhara, où je retrouve mes compagnons de route Eric et Bernard autour d’un bon repas, soulagée que mon appétit soit enfin de retour.

Le mal aïgu des montagnes (MAM pour les intimes)
Beaucoup de personnes en souffrent en haute altitude, de manière plus ou moins importante, et cela peut toucher tout le monde. Sur ce genre de trek, notre corps est mis à dure épreuve, et en plus on le prive d’oxygène. Il a de quoi se rebeller un peu. Quand le cerveau manque d’oxygène, c’est là que le mal des montagnes apparaît, avec l’apparition de symptômes comme l’essoufflement au repos, les maux de tête, les nausées et la perte d’appétit, ou bien les hallucinations. Je ne parle ici que des symptômes dont j’ai fait l’expérience. Lorsque plusieurs symptômes sont combinés, il est conseillé de redescendre à une plus basse altitude jusqu’à leur disparition avant d’envisager de retenter l’ascension.
Le MAM est à prendre au sérieux, car il peut conduire à un oedème pulmonaire ou cérébral.
Pour éviter le mal des montagnes, le plus important est de s’acclimater. Il faut donc gagner de l’altitude en douceur, et à partir de 3000m ne pas dépasser +400-500m d’altitude par nuit par rapport à la nuit précédente. On peut en revanche gagner bien plus en altitude dans la journée, tant qu’on redescend plus bas le soir pour dormir. Il est préférable de passer plusieurs jours à la même altitude pour s’acclimater et se reposer. On recommande aussi de boire beaucoup d’eau pour rester hydraté (environ 3L par jour) et de façon générale, ménager son corps.
Enfin, le diamox, sur prescription médicale, est un médicament à la fois préventif et curatif. Cela n’a pas été suffisant dans mon cas, j’ai dû le prendre trop tard. Attention il a des effets diurétiques très puissants, il faut rester hydraté en permanence quoi qu’il arrive.

Pourquoi j’ai choisi de renoncer à passer le col.

Cela a été une décision difficile à prendre. Cette envie d’aller jusqu’au bout de mon périple était très forte. Bien sûr je me suis demandé quelques fois ce qu’il se serait passé si j’avais tenté de remonter. J’aurai peut-être été rapatriée en hélico comme beaucoup de randonneurs avant moi. Ou bien mon état se serait amélioré, et j’aurai passé le col avec Mathilde. Cette fois, j’ai senti que mon corps me lâchait complètement, c’était comme s’il me suppliait d’arrêter. Alors, pour une fois, je l’ai écouté. Selon moi, l’aventure doit rester un plaisir, et même si certains moments sont difficiles et que j’adore les nouveaux challenges, à aucun moment je ne veux être en totale contradiction avec ce que mon corps ressent.
〰️ Minute philo attention 〰️
Une de mes plus proches amies m’a souvent dit « les choses n’arrivent jamais par hasard, quelles soient bonnes ou mauvaises elles nous remettent dans le droit chemin« . Je ne sais pas pour le droit chemin, mais j’aime bien penser que parfois les choses sont censées se passer d’une certaine manière, et qu’il ne faut pas forcer dans le sens contraire. Je ne pense pas que le destin ou une quelconque force supérieure ait quelque chose à voir là-dedans – faut pas déconner l’univers a autre chose à faire – mais plutôt notre intuition qui nous guide en quelque sorte, en prenant en compte plein d’éléments dont nous n’avons même pas conscience.
〰️ Minute philo terminée 〰️
Bref, ce contretemps m’aura permis d’admirer le Fishtail – plus belle montagne selon moi – au lever et coucher de soleil, de randonner cette fois-ci bien toute seule, de sortir complètement des sentiers battus et d’utiliser une boussole pour la première fois de ma vie. Pour lire la suite, c’est par ici.

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