Mes aventures Népal Randonnée

Le tour des Annapurnas : prologue

Je veux des chemins tortueux, dangereux, solitaires, menant à des sommets impitoyables. Je veux avoir le souffle coupé, être aveuglée et entendre le vent de la montagne gronder.

Dans cet article un peu particulier, j’aimerais partager l’expérience de mon premier trek en solo. Pas vraiment le trek en lui-même, mais mes réflexions avant de partir, et la préparation physique et mentale. J’espère que cela donnera des idées à ceux qui hésitent encore à se lancer sur l’exploration en solo. Cette aventure au Népal m’a un petit peu transformée, et a fait grandir en moi le désir de randonner toute seule et d’explorer notre magnifique planète.

Pour retrouver le récit et la fiche pratique du tour des Annapurnas, c’est par ici :

Il faut savoir qu’avant cette expérience, je n’avais jamais fait une vraie randonnée toute seule, et encore moins un trek de plusieurs jours. Ma plus longue randonnée était une ascension de 3 jours à EmeiShan, en Chine, et bien que très difficile physiquement, j’étais accompagnée d’un ami, ce qui m’a permis de tenir jusqu’au bout.
Mon premier voyage en solo en Argentine m’avait déjà donné le goût de l’aventure hors des sentiers battus.

Cette fois-ci, c’était un peu différent. Côtoyer les plus hauts sommets du monde, marcher à plus de 5000 mètres d’altitude, toute seule comme une grande, avec mon sac sur le dos, cela représentait à la fois un rêve et le plus grand challenge sportif qui m’ait été donné de relever jusque là.

“You never conquer a mountain. You stand on the summit a few brief minutes and then the wind blows away your footprints”
– Arlene Blum

Le Népal, pour prendre de la hauteur

En ce qui me concerne, choisir une destination d’exploration peut dépendre de plusieurs choses. La lecture d’un reportage photo, des anecdotes de voyages lues sur le web, une rencontre, le désir de vivre une expérience spécifique à un lieu. Le Népal, cela remontait à plus loin, et était bien plus ancré en moi. J’ignore si c’est lié à la lecture de Flash, le grand voyage, relatant les aventures d’un drogué qui le mèneront à Katmandou, ainsi que toute la culture hippie française qui y est associée, ou les récits d’alpinisme sur les sommets de l’Himalaya qui m’ont autant fait rêver que donné des sueurs froides. Probablement un mélange des deux. Pour une fille comme moi, amoureuse de la montagne et en recherche de sensations fortes, le Népal était une évidence.

Le Népal donc, et parmi ses sommets, les plus hauts du monde. Sur les toits de la planète. Ce petit pays, coincé entre les géants indien et chinois, attire autant par sa spiritualité que sa position stratégique au pied de la chaîne himalayenne. Au début de l’été 2017, alors que je rêve d’une aventure en montagne, je me décide à y faire un trek. La saison conseillée pour un trek est octobre-novembre, ou mars-avril, pour éviter la neige ou la saison des pluies de l’été népalais. Je me renseigne sur les treks accessibles sans guide, et celui qui m’attire le plus est le tour des Annapurnas, car il consiste en une boucle (qui aime revenir sur ses pas ?). Seulement voilà, même si voyager seule n’est pas un problème, je n’ai aucune expérience dans la randonnée en haute montagne. Certes, les balades à la journée avec mon père dans les Alpes m’ont certainement appris plein de choses, mais de là à envisager le tour des Annapurnas toute seule, cela fait un petit gap. Et je ne parle même pas de ma condition physique, pas au top après 2 ans de vie parisienne.

Le besoin d’aller randonner seule

La plupart de mes connaissances planifient bien à l’avance des voyages avec leurs amis, ou en couple. Pour moi, cela se passe rarement comme ça. Je m’y prends souvent au dernier moment, sur un coup de tête.
À ce moment là, je ressentais cette forte envie de voyager, et surtout de marcher seule. Me sentant un peu coincée dans ma vie à Paris, dans mon travail aussi, j’avais besoin de me lancer dans un projet. Cette sensation d’étouffer, entre les murs bétonnés de la capitale, m’a poussée à me poser des questions sur mon mode de vie. Mais, embourbée dans mon quotidien, il m’était difficile de prendre des décisions. La seule chose que je savais, c’est que je voulais explorer le monde, vivre de nouvelles expériences, sortir des sentiers battus. Et comme à chaque fois que j’ai besoin de réfléchir, que je me sens bloquée, il me prend l’envie de marcher. Avaler des kilomètres, pendant des heures et des heures. Avec ce nouveau projet, ce sera des jours et des jours.

La préparation

Une fois la décision prise, les billets d’avion réservés pour fin octobre, la préparation commence. J’aime presque autant la préparation d’un voyage que le voyage en lui-même. Elle fait partie intégrante du projet, permet de s’évader un peu, et celle-ci m’a bien occupée pendant 3 mois.

En premier, la préparation physique.

On n’envisage pas un tour des Annapurnas sans être un minimum sportif. Oups, on ne peut pas dire que je sois une grande sportive, à part la randonnée, l’équitation et le ski, je ne suis pas une grande fan d’autres sports. Pratique à Paris.
Je me fais donc un programme sportif assez intense (de mon point de vue) mêlant course à pied 2 ou 3 fois par semaine, piscine 2 fois par semaine, et une randonnée en région parisienne le week-end. Cette dernière partie sera la plus dure à réaliser, car randonner toute seule à Fontainebleau c’est sympa, mais pas non plus tous les week-end. Deux amis m’ont accompagnée une fois, mais de manière générale c’était assez compliqué de convaincre mes potes de renoncer à une soirée ou un brunch dominical pour aller marcher.
Ensuite, j’arrête complètement la clope (facile), et deux mois avant le départ, l’alcool (moins facile).

Ensuite, la préparation logistique.

Pas de grande préparation ici, mais j’avais besoin d’un minimum de matériel et de prévoir mon itinéraire, afin d’être sûre d’avoir suffisamment de temps pour marcher sur le circuit des Annapurnas et de visiter un peu quelques villes.
Ma checklist :
– acheter le matériel manquant, à savoir un bon sac de couchage allant jusqu’à -20° et quelques vêtements techniques. La liste complète du matériel emporté dans cet article.
– souscrire à une assurance voyage
– aller chez le médecin pour qu’il me prescrive du diamox contre le mal des montagnes
me renseigner sur les villes, les spécialités culinaires, les temps de transport entre chaque ville
choisir quelques livres à mettre sur ma liseuse

Je n’ai réservé aucun hébergement en avance, je préfère choisir le jour même en général. On ne sait jamais, parfois j’aime bien m’attarder dans un lieu que j’ai bien aimé, et ce n’est pas toujours possible d’annuler au dernier moment.

Enfin, la préparation mentale.

Cette partie, je l’ai un peu négligée. À fond dans le sport, et bien occupée au travail, je ne me suis pas vraiment posée pour « appréhender » le voyage et le trek que je m’apprêtais à vivre. Pour moi, tout s’enchaînait assez vite, et tous les jours j’avais de quoi m’occuper, me décider entre les plumes de canard ou d’oie pour mon sac de couchage, retourner une énième fois à la pharmacie car ma trousse de secours n’était toujours pas complète (elle ne l’a jamais été d’ailleurs), ou encore trouver un téléphone en urgence car j’avais fait tomber le mien la veille du départ dans les escaliers (un grand classique).

Alors, une fois assise dans l’avion, toute seule, une fois la pression de la préparation de sac retombée, je réalise ce que cela représente. Et cela me semble énorme. Je dois avouer que pendant tout le trajet j’étais un peu angoissée. Pas par l’avion, mais par le voyage en lui-même, ce qui ne m’étais pas arrivée jusque là. Je pense que j’avais peur de ne pas être assez préparée, et peut-être un peu influencée par des proches qui me disaient que j’allais sûrement me perdre ou tomber dans un ravin. Je me rends compte aujourd’hui à quel point cette appréhension était non fondée, j’étais aussi bien préparée que j’aurais pu l’être pour une première fois, et pendant ce trek je me suis rarement perdue.

Le bilan de cette expérience

La notion toute relative de confort

Après avoir marché 15 jours avec un sac sur le dos, dormi dans des guesthouses, porté toujours les mêmes affaires de sport, pris des douches froides – voire pas de douche du tout, le retour à la ville a été apprécié. Boire une bonne bière, dormir dans un vrai lit, se détendre sous une douche brûlante, enfiler un jean, mettre du rouge a lèvres. Dingue comme ces petits trucs du quotidien m’ont manqué, comme c’était bon de les retrouver. Et dire que je ne suis partie qu’un mois. Oups, moi qui rêve de longues expéditions dans le grand nord. Une fois rentrée à Paris, je m’empresse d’aller au restaurant, de boire des verres avec mes amis et de faire le tour des friperies pour renouveler ma garde robe. Cela ne durera qu’une semaine. Très vite, le sentier me manque. Les odeurs de dal bhat qui sortent de la cuisine, se réveiller tous les matins avec la vue sur les montagnes de l’Himalaya. Et surtout le fait de ne plus rien égarer, de n’avoir besoin que de très peu, toutes mes affaires se trouvant dans mon sac, partout avec moi. Cette liberté me manque.

Et après ?

Je ne suis pas revenue de ce trek avec toutes les réponses aux questions que je me posais avant de partir. Que faire de ma vie professionnelle notamment. En revanche, je suis revenue beaucoup plus calme, plus sereine. Je me rappellerai toujours mon premier jour de retour au travail, lorsque je me suis assise devant l’écran de mon ordinateur, j’ai commencé par parcourir mes emails. Puis j’ai regardé ma collègue, et elle a pu voir sur mon visage que je n’avais aucune idée de ce que je faisais là. J’ai démissionné peu de temps après, suis partie quelques semaines en Espagne pour un projet personnel, puis je suis devenue consultante, toujours à Paris. Je n’ai pas révolutionné mon mode de vie à ce moment là, mais cette aventure m’a mise sur la voie. Cela m’a surtout donné envie de retourner au Népal, plus longtemps cette fois, et dans des villages plus reculés.

Le tour des Annapurnas

Retrouvez le récit et les conseils de préparation du trek

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