Aventure Portraits d'aventurières

Portrait d’aventurière : Justine, à l’assaut du mont Triglav

L'aventure, c'est ne pas savoir ce qu'il y a devant et y aller quand même.

J’ai rencontré Justine il y a 10 ans, et on peut parler d’un coup de foudre en amitié. Justine est une aventure de tous les jours. Et une vraie aventurière, qui gravit une montagne alors même qu’elle a le vertige et n’a jamais fait d’alpinisme de sa vie. Qui n’a pas peur d’admettre quand elle n’y arrive pas. Qui décide de transformer complètement sa vie si elle sent qu’elle en a besoin. Justine est un tourbillon. Un bon tourbillon, celui qui vous chamboule, bouscule quelques meubles au passage, mais vous emporte avec joie et frénésie vers une grande aventure. Alors vous foncez, car, peu importe l’aspect bordélique que ça peut avoir, vous savez que vous en ressortirez changé.


En août 2016, je pars avec Justine pour notre première ascension, celle du plus haut sommet de Slovénie et des Alpes Juliennes : le mont Triglav, qui culmine à 2 863 mètres. Elle revient ici sur cette expérience, et nous partage ensuite sa vision de l’aventure.

Une aventure avec Justine : l’ascension du Mont Triglav

Pour commencer, peux-tu nous rappeler ce qui nous avait amenées sur le Mont Triglav, il y a presque 5 ans ? 

On avait envie de partir en vacances ensemble, et on avait choisi la Slovénie. Ce petit pays, aussi grand que la Bretagne je crois. Le Triglav, c’est le mont le plus élevé de Slovénie. Et comme on aime toutes les deux randonner, on s’est dit que ça allait faire partie de l’aventure, qu’on ferait une ascension en 2 étapes. L’idée c’était de passer une nuit en refuge, et de grimper au sommet le lendemain. 

Quel était ton expérience de la montagne avant le Triglav ? 

Moi, je suis bretonne. Alors, ça veut dire quoi être bretonne ? Cela veut dire que nos montagnes c’est les Monts d’Arrés, ça culmine à 400 mètres. La montagne, c’est pas dans la culture familiale, on est plutôt mer. Je suis pas du tout une montagnarde. Cela étant dit j’aime beaucoup marcher et j’avais déjà passé des vacances un peu plus jeune en montagne donc je connaissais un peu l’univers, mais je ne suis pas du tout expérimentée, je connais « de loin ». 

Un petit mot sur la préparation de l’expédition ? 

On avait pris de l’eau, mais pas tant que ça, même s’ il y avait des points où on pouvait recharger. C’est la première chose. On a dû rationner en eau. Moi, j’avais qu’une paire de chaussures de marche, mais qui étaient très rigides et hautes, donc très vite j’ai eu des ampoules de l’espace, et j’avais très mal. On n’avait pas assez d’argent pour acheter à manger au refuge. On n’a pas non plus anticipé ça. J’avais un sac qui se baladait dans tous les sens, qui est mignon pour se balader en ville, mais qui n’est pas stable. Un espèce de tote bag en toile, avec un bateau en papier imprimé dessus. Ma préparation était assez faible voire inexistante sachant qu’en plus, on n’avait ni casque ni baudrier. On est parties juste avec de quoi boire et grignoter à l’aller, et encore. Ah oui, je me souviens du sac de l’appareil photo qui bougeait. On avait des choses mal accrochées, qui pouvaient potentiellement nous déséquilibrer. Et on n’était pas forcément préparées physiquement non plus. 

Qu’est-ce que tu as ressenti pendant l’ascension ? 

Il y avait 2 étapes, la première était d’arriver au refuge le soir. Cette partie-là de l’ascension était plutôt cool. Il y avait des endroits où il y avait des éboulements, et ayant le vertige j’étais pas forcément rassurée mais ça allait. Le deuxième jour, on avait laissé une partie des affaires au refuge, on avait juste pris un petit sac avec de quoi prendre des photos, de l’eau. 

Sur la deuxième partie, l’ascension du sommet, je n’étais vraiment pas à l’aise. Quand je me sens en maîtrise, ça va : j’ai déjà fait de l’escalade en salle, même si à un moment je me retrouve à 4 ou 5 mètres du sol, c’est ok. Parce que je sais que je suis attachée, j’ai le baudrier. J’ai bien plus le vertige debout sur une chaise qui n’est pas stable qu’attachée à 5 mètres du sol. Là, j’avais ces chaussures complètement rigides qui m’empêchaient d’avoir une bonne prise au niveau des pieds. Et on ne savait pas ce qui allait se passer devant nous. 

L’idée de départ c’était de voir le lever de soleil au sommet. Quand on a quitté le refuge, c’était vraiment très brumeux, et je me souviens qu’il y avait une partie où un vide vertigineux était comme suggéré, on savait juste qu’il y avait le vide, que si on tombait c’était mort. Mais on ne voyait pas à quel point, et à certains endroits le chemin n’était pas plus large qu’un mètre, et bien sûr c’est là où il n’y avait plus de corde fixe à laquelle se raccrocher. Après coup je me dis que ce n’était peut-être pas une ascension si difficile ? Mais toutes les conditions n’étaient pas réunies. 

Je me suis dit qu'on s'était embarquées dans un truc beaucoup trop dangereux, et qu'on allait mourir.

On avançait vraiment comme si on était à l’aveugle, et on était toutes seules sur le début de l’ascension. Il y a un moment où on a passé un espèce de cap où j’ai cru qu’on était vraiment au-dessus du vide et que ça tombait, dans ma tête ça tombait à pic de chaque côté, et après avoir passé ça j’ai fait une crise de panique totale. D’un coup je ne pouvais plus être debout et voir le vide des deux côtés. Je me suis assise et j’ai dit « j’arrête ». De l’autre côté, au pied de l’autre versant on voyait un autre refuge et j’ai pensé “je ne peux plus bouger, il est hors de question que je monte, que je descende ou que je fasse quoi que ce soit, on appelle un hélicoptère et on vient me chercher, mais là je ne peux pas, je ne peux pas avancer”. Je me suis dit qu’on s’était embarquées dans un truc beaucoup trop dangereux, et qu’on allait mourir. Dans mon souvenir je suis restée 20 minutes assise, je ne pouvais pas bouger, je ne voulais même pas descendre, dans ma tête c’était in-descendable ce qu’on venait de monter. 

D'un coup je ne pouvais plus être debout et voir le vide des deux côtés.

Et puis au bout d’un moment je me suis calmée. Il fallait juste passer la crise de panique. On a hésité :  est-ce qu’on va jusqu’en haut, pour aller au bout des choses ? Et puis on était plus si loin du sommet. Je me suis dit “allez, on y va”. On s’est quand même fait doubler par un couple avec leur enfant, bien équipés, corde, casque et baudrier, la totale. 

On avait beaucoup plus de visibilité sur l’étape d’après, et on voyait des gens devant nous. Une fois que j’étais lancée je ne me suis pas retournée, j’ai pris de l’élan je suis allée plus vite que toi. En fait j’étais moins inquiète pour toi, je me disais que tu étais dans ton élément, et que ça allait, et peut être qu’il y avait un peu aussi d’orgueil et d’ego : si tu pouvais le faire, je devais y arriver moi aussi. Je pense que je me trompais, à me dire que toi tu étais dans ta zone de confort. 

Qu’as tu pensé une fois arrivée au sommet ? 

J’étais trop contente ! Je me suis dit, on l’a vraiment fait. Je me souviens de ces gens qui étaient en train de faire griller des saucisses. C’était trop drôle, et nous on était en train de manger les 3 noix qui nous restaient. On était soulagées, c’était sublime, et on a fait des photos, on était tellement contentes. Je ne sais pas si je peux dire fière car je ne réalisais pas trop à ce moment-là. En fait, pendant la montée il y a quelque chose de l’ordre de l’inconnu, on ne voit rien, on ne sait pas comment ça va être devant, on ne sait pas à quel point ça va être dur de passer. Et là tout en haut, il y a d’autres gens, c’est joyeux, c’est sublime, on a une vue de fou sur toutes les montagnes autour, et je me rappelle de la pureté de l’air…

On est parties petites et on est descendues grandes

Et sur le retour vers le refuge ? 

Je sais même plus combien de temps ça a duré. Au début on part avec la frontale, à 5h du mat’ dans la brume, dans les cailloux. Je me sentais toute petite à ce moment-là. Alors que le retour, c’était « on l’a fait”, le soleil s’était levé, c’était lumineux. Il n’y avait plus de brume, on voyait tout et on savait par où on était passées. On croisait aussi d’autres gens qui montaient. On est parties petites et on est descendues grandes. 

Aujourd’hui, quel souvenir gardes-tu de cette aventure ? 

Hyper fière et heureuse d’avoir été jusqu’au bout de l’expérience. Je pense qu’à posteriori j’aurais sûrement ressenti de la déception si on avait fait demi-tour après que je me sois calmée. Si on avait fait ce choix-là, il y aurait eu un goût de “on aurait pu mais on l’a pas fait ». Là, on a été tout en haut, même si on n’étaient pas préparées et que peut-être on n’aurait pas dû faire ça comme ça. On était deux, j’aurais pu aussi prendre cette responsabilité là, je me suis reposée sur toi en pensant que tu avais bien plus de connaissances. La bonne nouvelle c’est que maintenant tu peux écrire un tuto sur les choses à ne surtout pas faire quand tu pars faire un sommet pour la première fois.

Quand j’y pense, il n’y avait rien qui allait pour que ça marche bien. Avec mes ampoules de malade j’avais tellement mal. Même au retour, je me rappelle qu’il pleuvait des torrents de flotte, on s’est retrouvées au milieu d’un orage, en montagne, c’était vraiment effrayant, il n’y avait pas d’arbres pour s’abriter, c’était un peu l’enfer. On n’était que flotte.

Alors oui, je suis fière d’avoir été au bout malgré tout. Et c’est la première fois que je suis montée tout en haut d’un sommet. C’est indescriptible, je n’ai pas trop les mots.

L’aventurière Justine

Tu peux te présenter ? 

Je m’appelle Justine, j’ai 30 ans dans 6 mois. Je suis quelqu’un qui explore beaucoup, surtout sur le plan professionnel en ce moment − je suis entrepreneure et couteau breton (le couteau suisse version locale). Je ressens un grand besoin de liberté, d’autonomie dans ce que je fais et en même temps j’aime être en lien avec les autres quand je crée et quand je travaille de manière générale. J’habite en colocation au sud de Nantes, dans une petite ville qui s’appelle Rezé. J’ai un chat qui s’appelle Léon, qui cohabite avec Crashtest − l’autre chat de la maison −et deux poules, Michelle et Jackie Junior. 

Qu’est-ce qui te passionne, dont tu peux parler pendant des heures ? 

Je n’ai pas de passions, mais j’ai beaucoup de choses qui m’habitent. En ce moment, c’est les boutures de plantes. J’ai un rapport très fort avec mes plantes. Je leur parle, je les regarde, j’essaie de leur porter de l’attention. 

Pour moi, une passion, tu t’y adonnes de manière assez entière, et ça peut t’amener, je ne dirais pas à avoir une expertise, mais en tout cas à une grande connaissance. Il y a beaucoup de choses qui me traversent et qui passent. Je trouve que dans la passion, il y a quelque chose de l’ordre de la durée. C’est un peu comme la différence entre une émotion, que tu ressens à l’instant T, et le sentiment, qui est le souvenir de cette émotion que tu gardes. Moi je suis beaucoup plus dans l’émotion parce que je papillonne beaucoup, c’est ma manière d’être. Je trouve le mot passion trop intense car je ne pourrais pas passer ma vie à trouver quel est le meilleur moyen de soigner des plantes. Ce n’est pas une passion, mais ça me met tellement en joie. Avec ça, je pourrais ajouter : acheter des livres que je ne lirai pas, l’éco-féminisme, les cercles de femmes, la psychogénéalogie, et tout ce qui touche à l’inter-générationnel, l’entrepreneuriat du monde d’après, transmettre. Beaucoup de sujets autour du lien !. 

C’est quoi l’aventure, pour toi ? 

C’est ne pas savoir ce qu’il y a devant et y aller quand même. C’est le mont Triglav. Le mont Triglav c’était une aventure. Inconséquente, peut-être, téméraire aussi sûrement. Parce qu’il y avait quelque chose de risqué dans notre impréparation. Mais si on fait le parallèle avec le quotidien, la plupart du temps, on ne risque pas notre vie. Et pourtant on a un milliard de freins et de peurs qui nous bloquent ou nous ralentissent. Moi, c’était la peur d’aller dans une voie où je n’ai aucune certitude de m’épanouir, ou si ça va donner quelque chose, si je vais gagner ma vie. Et pourtant, j’ai l’impression que c’est la seule voie que je peux emprunter aujourd’hui, la seule voie où je peux créer ma place. Une place qui bougera demain parce que 1) je suis pas un arbre, et 2) on change tout le temps. 

Le mont Triglav c'était une aventure. Inconséquente, peut-être, téméraire aussi sûrement.

En tant qu’aventurière, tu te définis comment ?

Je pense que je suis une aventurière qui n’est jamais préparée comme il faut. Qui parfois se met en danger de manière assez absurde, et mon colocataire a utilisé un mot un peu dur, et vrai, assez pathétique. Parce que parfois je me mets en danger sans raison, tout doucement je tends vers une situation où je peux être en précarité ou en insécurité. Je suis aussi l’aventurière qui chemine, qui ne voit pas à quel point elle chemine, car elle est toujours en train de regarder les deux étapes d’après en se disant “je devrais déjà être là”. Je ne vois pas le chemin que je suis en train de faire sur le moment. Je suis un peu l’aventurière qui a toujours l’œil dans la longue vue. Mais tout de même j’avance, donc ça me va. 

Sur le sujet de l’amour et du quotidien c’est assez bateau, et c’est très doux, et ça me va, mais par contre sur le plan professionnel, et de l’avenir, je navigue à vue. Je suis complètement dans la brume, et je continue d’avancer. Je n’attends plus vraiment le moment où il y aura une éclaircie, car je kiffe naviguer, j’aime beaucoup la mer.  

Quel est à ce jour, ta (ou tes) plus grande aventure ? 

La plus grande aventure, c’est celle où on y va avec ses tripes, et avec toutes ses peurs dans le sac-à-dos. Ma plus grande aventure a été d’aller à la rencontre d’une de mes demi-soeurs, et de lui révéler mon existence. Au début, je suis juste paralysée par la peur et ensuite je passe en mode automatique. C’était un moment surréaliste quand j’y repense. Et pourtant maintenant que c’est passé, il y a encore d’autres choses à construire mais j’ai d’autres peurs, qui me terrifient, qui me saisissent, auxquelles je fais face maintenant et qui sont en train de devenir ma plus grande aventure. 

Un grand moment de doute à partager ?

Il y a eu ce moment un peu bizarre où j’ai plié bagage. J’habitais à Paris et du jour au lendemain, je me suis dit il faut que je parte, je veux aller ailleurs. J’ai tout quitté et me suis installée à Nantes. J’ai lâché mes meilleurs potes et ma soeur que je venais de rencontrer à Paris et je suis partie toute seule, comme ça. J’ai lâché ma psy, alors qu’en vrai je n’allais pas si bien que ça, j’ai lâché tout mon réseau professionnel. Je me retrouve là et je me demande : qu’est-ce que je fais maintenant ? Je n’avais pas de travail. C’est comme si j’avais fui quelque chose, mais je me suis retrouvée complètement démunie. Cela a été une des périodes les plus difficiles de ma vie psychologiquement parlant, j’ai touché le fond de la dépression. Quand je me suis coupée de mes seules ressources, j’ai plongé. Et dans ma tête c’était devenu « on ne fait plus, on arrête de faire, on arrête de vivre ». Mais j’ai continué, je suis repartie, et du coup c’est ouf maintenant. Je peux dire que je n’ai jamais été aussi heureuse, la vie est devenue vibrante, pleine de surprises, joyeuse. J’ai ma petite idée sur ce qui m’a poussée à partir à l’aventure à Nantes, mais ça je le garde pour moi, dans mon jardin secret.

Je suis l'aventurière qui a toujours l'oeil dans la longue vue.

As-tu eu des blocages, qui t’ont empêché de faire ce qu’il te plaît ? 

Oui, mon rapport à l’argent. Je n’ai pas du tout été éduquée, sensibilisée à la gestion de l’argent et dès que j’ai travaillé, peut-être même avant déjà, j’étais un panier percé. Après quelques années, j’étais surendettée. Par rapport à mon parcours, et mon origine sociale, je n’avais pas beaucoup de ressources, et j’ai vraiment galéré. Puis grâce à certaines personnes qui m’ont fait ouvrir les yeux, j’ai fini par accepter que j’avais besoin d’aide et que je devais aller au bout des choses. Je me suis autorisée à consulter une assistante sociale. Accepter que moi, une fille avec un BAC+5, plutôt éduquée, qui a toutes les capacités intellectuelles pour gérer un budget, ne sait pas le faire. J’avais l’impression d’être une privilégiée qui ne tournait pas rond et se créait des problèmes, je ne m’autorisais pas à voir dans quel mécanisme j’étais, et c’est un peu le propre du surendettement. Je ne me sentais pas légitime du tout, j’avais le sentiment de prendre la place d’autres gens qui étaient vraiment en détresse, mais j’ai fini par monter un dossier – ce sont de longues démarches – et j’ai réussi. Ça m’a sauvé la vie, et aujourd’hui je ne suis pas dans une situation exceptionnelle mais je ne suis plus surendettée. J’ai enlevé la brume dans laquelle je me noyais. 

Quel est ton rapport à ton environnement en ce moment, à ce qui t’entoure ? 

Avec le contexte actuel, je préfère faire avec ce que j’ai, plutôt que de me projeter dans ce que je n’ai pas encore et ce que je n’aurais peut-être pas, parce qu’il y a beaucoup d’incertitudes sur nos vies. Mon environnement en ce moment c’est chez moi, c’est la maison. C’est un peu comme si j’étais en train de l’habiter petit à petit, c’est la lumière, les lumières que j’agence et qui créent une atmosphère, les animaux que je croise, les gens qui passent chez moi. C’est un petit écosystème, je réalise de plus en plus qu’il est digne d’y donner du temps et de l’amour. Et le fait de ne plus courir partout et d’être nulle part à la fois, d’être forcée de rester chez moi, me montre qu’il est possible de prendre soin de ce qui est près de soi, c’est un moyen de se respecter soi aussi. 

Quels sont les éléments importants pour devenir une aventurière badass comme toi ? 

(rires)

J’en vois deux. Le premier, c’est la sincérité. Et par sincérité, j’entends la sincérité avec soi, sur ce que l’on veut et que l’on veut pas, et c’est quelque chose que je suis en train d’apprendre. C’est un cheminement vraiment très long, peut-être que ça prendra toute la vie. Le conseil que je pourrais donner, c’est juste d’observer parfois comment on se sent, qu’est-ce qu’on ressent, avec son corps. Je me rends compte qu’en n’ayant pas observé et écouté, en voulant satisfaire, ce que je pensais être le désir d’autres personnes, ou en voulant plaire, dans des amitiés, dans des relations amoureuses, dans des relations professionnelles, dans la vie en général, je me suis retrouvée à mentir aux autres car je n’étais pas sincère avec moi-même. 

Le deuxième, c’est de nourrir et cultiver les beaux liens. Il n’y a pas de bonne ou mauvaise personne, sachant qu’on change constamment, mais il y a des bonnes et des mauvaises relations. Les mauvaises relations nous prennent beaucoup d’énergie et de temps. Je remarque que quand je ne consacre pas assez d’énergie et d’attention aux bonnes relations, je me perds un peu. Comme si je m’engouffrais dans une forêt et que je me perdais complètement, sans boussole. Ces bonnes relations-là, on les sent vraiment, dans ses tripes, dans son ventre, dans son coeur : cette personne là, quand je la vois, quand je lui parle, quand on se quitte, après je suis dans une énergie de ouf, et j’ai la pêche, je suis heureuse, je suis en amour. Ces relations-là, il faut les cultiver, leur accorder du temps et de l’attention comme on accorde de l’attention aux plantes et aux animaux, c’est pareil. Cultiver les bonnes relations, quelque soit l’être vivant : humain, animal, végétal. 

La plus grande aventure, c'est celle où on y va avec ses tripes, et avec toutes ses peurs dans le sac-à-dos.

Justine est créatrice du programme Faire un job du monde d’après de La Brèche, un de ses nombreux projets associatifs. Pour en savoir plus, c’est par ici.
Elle est aussi membre de l’association Les Têtes Chercheuses, coordinatrice du groupe Paumé.e.s de Nantes, et autrice de Va t’faire Vivre, à paraître en septembre 2021 aux éditions Marabout.

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